Affaire Orelsan : les filles ne valent pas mieux que les garçons

Voici une semaine que l’affaire Orelsan buzze monstrueusement sur la blogosphère. Orelsan, c’est un rappeur quitté par sa petite amie et qui exprime son désespoir et sa vengeance froide dans un morceau pertinemment appelé « Sale pute ». Où il y développe une taxinomie assez infâme des sévices qu’il compte lui infliger, comme un très ingénieux avortement à l’opinel. Outrées, choquées, se remémorant qu’encore aujourd’hui la violence conjugale ne soit pas éradiquée, certainesféministes et certains féministes, se sont empressés de crier au scandale et d’œuvrer pour la déprogrammation du rappeur du printemps de Bourges où il devait se produire d’ici quelques jours.

Certaines ont bien tenté de défendre Orelsan par plaisir de jouer les avocates du diable1, et même des artistes féminines comme Anaïs s’y sont mis. Les deux posent la question que les féministes occultent totalement. Derrière la réalité crue et effectivement ignoble, quel place pour le talent ? Les féministes ont-elles pris la peine de découvrir l’univers d’Orelsan dans son intégralité à travers ses autres chansons, pour mieux sonder l’esprit de ce titre et pour jauger du degré avec lequel il fallait le prendre ? Rappelons-nous que dans les années 80, Gainsbourg a sorti le titre « Lemon incest », qui est tout aussi ignoble. A-t-on pour autant brisé sa carrière ? Non, car quand c’est Gainsbourg, c’est du génie ; quand c’est un rappeur, c’est de la bestialité crue. Voilà un préjugé culturel énorme et injustifié de la part de féministes trop vieilles pour avoir intégré le rap dans leur culture musicale. Je confesse que je n’ai trouvé ce titre ni drôle ni fin, ce qui ne m’empêche pas de ne pas tomber à bras raccourcis sur tous les rappeurs, trop vite taxés de machos violents qui exhibent leur quéquette dans leurs chansons. Et ça ne m’empêche pas non plus d’aimer des artistes tout aussi subversifs et à la limite de l’horrible comme Didier Super, qui derrière le vernis raciste, macho, pédophile, antisémite et j’en passe, chante des textes drôles et évocateurs.

Via Sarkofrance aujourd’hui, j’apprends que l’ex-petite amie du rappeur serait une rappeuse elle aussi, Pitbulle de son nom, et qu’elle a répliqué à Orelsan de manière assez sèche. Déjà, je m’arrête un instant sur son nom de scène. Le pitbull, symbole de la violence et de la bestialité des cités, choisi comme nom par une rappeuse. Être féministe avec un nom pareil, ça frise l’escroquerie. Dans le texte de la chanson (que vous retrouvez chez Sarkofrance), j’ai sélectionné quelques vers :

Faut t’y faire, Orelsan, j’embrasse qui je veux,
et la rue est à moi, je n’ai pas froid aux yeux.
T’aurais pas dû m’chercher, j’vais l’crier sur les toits,
te mettr’ la honte à donf jusque devant chez toi,
ça s’ra sur Internet, ça f’ra l’tour des radios,
que t’es qu’un bandemou, un ringard de macho.

J’vais pas m’laisser salir par un p’tit vermicelle.
Si tu baises comme t’écris, y a pas d’quoi la ram’ner

Orelsan, baisse ton froc, je saliv’ déjà trop.
Chiennes de garde, foncez, et en avant les crocs !
Aux défenseures des femmes les oreilles et la queue,
les couilles à l’offensée, et des excuses je veux.

Cette chanson n’est pas sans me rappeler un autre buzz musical qui avait eu lieu à l’été 2005 dans le monde du R’n’B. Un chanteur, Eamon, avait mobilisé le même thème de l’amoureux trompé pour enregistrer la chanson « Fuck it », en termes certes un peu plus amènes, puisque de sévices il n’était point question. Quelques semaines plus tard, une autre chanteuse, Frankee, avait répliqué sur le même thème musical dans sa chanson « Fuck you right back », dans des paroles similaires à celles de Pitbulle :

You thought you could really make me moan (Tu croyais vraiment pouvoir me faire jouir)
I had better sex all alone (ha ha ha ha) (Je préférais me satisfaire tout seule)
I had to turn to your friend (J’ai dû me tourner vers ton copain)
Now you want me to come back (Alors tu veux que je revienne)
You must be smokin’ crack (T’as vraiment fumé)
Im goin’ else where and thats a fact (Je vais voir ailleurs et c’est un fait)

Fuck all those nights I moaned real loud (Casse-toi avec ces nuits où je gémissais sans retenue)
Fuck it, I faked it, aren’t you proud (Casse-toi, je simulais, t’es pas fier, hein ?)
Fuck all those nights you thought you broke my back (Casse-toi avec ces nuits où tu croyais me casser les reins)
Well guess what yo, your sex was wack (Tu sais quoi ? Tu baisais très bizarrement)

You questioned did I care (Tu t’es demandé si ça me faisait quelque chose)
Maybe I would have if you woulda gone down there (Ça aurait pu si tu m’avais léché)
But I do admit i’m glad I didn’t catch your crabs (Mais je dois reconnaître que je suis contente de pas avoir chopé tes morpions)

Dans les deux chansons, la même inspiration de vengeance : qualifier le mec de mauvais coup, toucher à la taille de sa virilité, et étendre la bonne parole à tout l’espace de ses cercles sociaux pour mieux le décrédibiliser. N’est-ce pas tout aussi violent ? D’un côté, le sévice physique ; de l’autre, le sévice social. Les féministes me répondront que non, ce n’est pas pareil, qu’il y a une forme ouvertement vulgaire et une autre plus fine, que les hommes sont primaires, etc. Je leur répondrai qu’il est assez étrange que ces féministes, majoritairement de gauche, soient les premiers (car il y a des hommes dans le lot) à défendre l’idée qu’il y ait dans le monde social des crimes et des abominations sans morts (et la crise nous en donne un bon exemple),  qu’on peut être tortionnaire, criminel, profondément violent sans recourir à la violence physique, et qui cependant ne vont pas jusqu’au bout de la logique dans ce cas-là.

En outre, ces féministes, qui hurlent contre la naturalisation homme-femme et les réflexes sexuellement situés, n’agissent-elles pas en plein paradoxe ? Face à une situation d’adultère révélé, les hommes sont violents (ou projettent de l’être par les mots) et les filles salissent la réputation au niveau de la virilité : combien de fois dans notre vie avons-nous été témoins, nous-mêmes ou par nos connaissances, de ces réflexes automatiques ? Hurler contre ces pseudos préjugés naturalistes tout en les utilisant ou en ne les critiquant pas, c’est le serpent qui se mord la queue.

Alors, mesdames les féministes, croyez-vous vraiment valoir mieux que les hommes ?

 

6 Responses to Affaire Orelsan : les filles ne valent pas mieux que les garçons

  • Nick Carraway:

    @Valérie : pourtant, en dépit des multiples courants, toutes les féministes de la blogosphère que je connais ont critiqué Orelsan ! Preuve que malgré les divergences, il y a des points communs ! Donc quand je parle “des féministes” c’est de toutes celles qui ont publié et commenté sur cette affaire que je parle.

    @Resh : Certes, c’est autobiographique, mais il n’en reste pas moins que ça manque de finesse. J’aime beaucoup l’humour et le second degré, je considère qu’on peut rire de tout, mais cette chanson n’est pas drôle ni fine, et c’est ce qui a mis Orelsan dans une telle affaire. Didier Super est capable de chanter des textes tout aussi horrible, mais il y met plus de talent et il sait décrocher les rires (jaunes) !

  • kenneth starr:

    Je trouve la conclusion très juste, violence sociale versus violence physique, on reste effectivement dans un système de lutte pour la domination. Les hommes n’ont vraisemblablement pas le monopole de la violence.

    Cela me rappelle un débat sur le rôle supposé des féministes ou plus justement d’une “culture féministe” dans le succès et la diffusion massive de la Ritaline sur le continent nord américain.

    L’observation statistique permettait de réaliser que celle -ci était très majoritairement prescrite à des garçons et plus particulièrement à ceux qui manifestaient des signes trop “masculins” -les futurs machos en gros -.

    La culture du politiquement correct et l’obsession du harcèlement sexuel auraient ont conduit à mettre sous camisole chimique des milliers de petits garçons, pourtant pas forcément hyper actifs.

    Modifier chimiquement le comportement des enfants, et viser plus particulièrement une partie d’entre eux, en l’occurrence les garçons, voila quelque chose qui me parait être d’une rare violence.

    Pourtant, là encore point de coups.

  • kenneth Resh:

    Bien moi j’ai beaucoup ris devant cette facon de détourner les clichés du RnB, avec des paroles chantées à 2 balles à base de “baaaaaabyyyyy”, le coucher de soleil sur la plage…
    Même le simple fait d’écrire une telle accumulaton d’horreurs fait que ce texte ne peux pas être sérieux. Tout comme l’a été le “crève salope” de Metal Urbain, que Valérie doit connaitre si elle aime Gogol 1er (non je ne suis pas vieux)
    Mais alors le rap serait consensuel et premier degrès là ou la même chose en punk est subversif et second degrès?
    C’est bien là le problème, parce que penser ca c’est simplement très mal connaitre le rap et Orelsan en particulier.

  • valerie:

    resh. je vais tenter de l’écrire une cinquantième fois ; le sujet n’est PAS le rap.
    Si je me suis fendue d’un article expliquant que ca n’était PAS le sujet pour moi, il est inutile, pour la 25eme fois de me faire dire ce que je n’ai pas dit.

    Après on peut en effet supposer que je souhaite castrer Orelsan, le mettre sous œstrogènes, faire d’immenses autodafés, coller la moitié de l’humanité sous ritaline.
    Ou instaurer un grand matriarcat mondial vu qu’il est évident, bien sur, que les femmes sont tellement plus douces et gentilles.

  • valerie:

    Parfaitement stérile ce débat, j’ai beau lire et relire…

    Et sinon, il fait quel temps demain ?
    Quelqu’un sait ?

  • Homme:

    Nick : J’ai pas compris le coup de la boue ? Je suis resté à l’age de pierre.

    J’en arrive à me demander pourquoi les femmes ne s’insurgent pas contre le féminisme, sans doute qu’elles sont trop occupées/intelligentes pour prendre part à ce genre de buzz.

    En tout cas, bravo à ceux qui ont dépensé tant de temps et d’énergie pour prendre la défense de la liberté d’expression, aussi violente soit-elle. Faut-il rappeler que les ‘yorkshires’ de service voulaient faire interdire l’artiste ?

    Vous êtes si peu nombreuses que c’est à se demander si vous ne prenez pas celles que vous défendez pour des idiotes. Cette réflexion n’est bien évidement pas une accusation et ne regarde que moi.

    Je file faire le ménage, sinon je vais me faire taper dessus ce soir.