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	<title>Nick Carraway &#187; Idées</title>
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	<description>Quotes et essais</description>
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		<title>Représentants du peuple ?</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 15:16:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Idées]]></category>
		<category><![CDATA[La vie de la cité]]></category>

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		<description><![CDATA[Non seulement le vote pantalonnesque sur HADOPI a fait rire dans les chaumières, mais il a également servi à faire refluer sur le rivage de la théorie politique la vague de parlementaro-scepticisme. Les derniers classements de la qualité des députés, que ce soit en France ou au Parlement européen, témoignent de cette volonté de contrôler [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Non seulement le vote pantalonnesque sur HADOPI a fait rire dans les chaumières, mais il a également servi à faire refluer sur le rivage de la théorie politique la vague de parlementaro-scepticisme. Les derniers classements de la qualité des députés, que ce soit en France ou au Parlement européen, témoignent de cette volonté de contrôler au moyen d’obscurs critères l’activité des représentants du peuple.<span id="more-78"></span></p>
<p>Avec 36 députés présents sur 577, l’excuse était tout trouvée pour expliquer la pantalonnade : le cumul des mandats ! Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, livre aujourd’hui une tribune salée contre le cumul des mandats, où il démonte minutieusement les arguments des tenants de l’ordre établi. Le cumul permettrait aux députés de conserver une attache locale et d’être soucieux des préoccupations des citoyens ? Balivernes ! tonne-t-il, les « <em>députés ne sont pas élus pour représenter le territoire et la population d’une circonscription électorale ; ils représentent la nation tout entière</em> ». Surtout, cet argument est l’arbre qui cache la forêt : si le cumul est aujourd’hui la règle et le non-cumiul l’exception, c’est essentiellement parce que les députés veulent tenir de main de maître leur circonscription, afin de s’augurer des campagnes faciles et d’augmenter substantiellement leurs revenus mensuels. Pour Girard, les députés sont l’expression du peuple dans son ensemble, irréductible à des stratifications géographiques, sexuelles, raciales ou quoi que ce soit d’autre.</p>
<p>Je lui concède volontiers que les sérénades enamourées des parlementaires quant à leur souhait de ne pas être déconnectés du peuple sont une farce : s’ils ont besoin du cumul pour ne pas s’éloigner de la plèbe, c’est la mort de la démocratie ; vouloir être député, ce n’est rechercher les ors et les tapis feutrés, c’est avant tout se préoccuper des gens. Dès lors que la politique vous éloigne de ces sollicitations premières, que l’orgueil dont vous êtes gonflé est fait d’hélium et que partant, il vous faut une solide corde pour vous rattacher à la terre, c’est que le sens même de la politique et de l’ordre contractuel qui en découle est dévoyé.</p>
<p>En revanche, l’extraterritorialité des députés m’a tout l’air d’un défi intellectuel. Comment peut-on dire que les députés représentent la Nation dans son ensemble dès lors qu’ils sont élus à l’intérieur d’une circonscription par les gens de cette circonscription ? Il y a là une simple symbolique : lorsque on ne vous appelle pas à élire tel individu, cet individu ne vous représente pas ; un individu auquel on a soumis votre jugement suffragier, même s’il a été élu sans votre concours, vous représente ; pas à moins. C’est le propre même du système électif : l’élu ne peut prétendre représenter que ceux qui étaient en mesure de l’élire, et ainsi M. Zapatero ne représente nullement le Perpignanais voisin.</p>
<p>Si l’on veut seulement que les députés soient élus nationalement, et partant représentent l’ensemble de la Nation, il n’y a pas trente-six solutions : il faut supprimer les circonscriptions et organiser des scrutins de liste. Les partis présenteront 577 candidats à la législative. Les Français ont pour les représenter géographiquement des conseillers généraux, et c’est assez pour régler des questions locales. Et comme il faudra rompre avec le système majoritaire pour éviter que le Parlement soit monocolore (<em>the winner takes it all</em>), une dose très sérieuse de proportionnelle devra être établie pour maintenir l’équité du vote démocratique. Jusqu’à présent, cette solution n’est envisagée que par les petits partis, que la proportionnelle intégrale avantage toujours mathématiquement. Mais Jean-François Copé a dit qu’il était contre, au prétexte fumeux que la harpie instable de la IVe République reparaîtrait instantanément.</p>
<p>Ou alors, on peut aussi considérer que la territorialisation des députés est loin d’être le problème, et que le cumul ne s’arrangera pas par des triturages dans le mode d’élection. Comme on peut aussi considérer que la proportionnelle intégrale ne porte pas en son sein le germe de l’instabilité. Des majorités moins nettes imposent des coalitions respectueuses ; le cumul est avant tout affaire de carriérisme. Pour un cas comme pour l’autre, c’est une modification de la pratique politique qu’il faudra mettre en place. Pour un cas comme pour l’autre, la balle est dans le camp des députés. Renoncer aux fiefs et acquérir la culture du débat et de la coopération, voilà deux révolutions coperniciennes qu’il faut mettre en place immédiatement !</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Le diktat de l’écologiquement correct</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 14:01:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Idées]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Incroyable comme en l’espace de trente ans, l’écologie est passée du statut d’idée novatrice à celui de diktat quasi totalitaire. Préserver la planète, d’accord. Quand un écolo nous présente des chiffres, qu’Al Gore nous montre son film, que nos gosses nous traînent devant Wall-E, on comprend que la planète est en danger. On comprend aussi très [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Incroyable comme en l’espace de trente ans, l’écologie est passée du statut d’idée novatrice à celui de diktat quasi totalitaire.<span id="more-18"></span></strong></p>
<p>Préserver la planète, d’accord. Quand un écolo nous présente des chiffres, qu’Al Gore nous montre son film, que nos gosses nous traînent devant <em>Wall-E</em>, on comprend que la planète est en danger. On comprend aussi très vite que deux grands groupes de coupables en sont cause : les industriels et les consommateurs. Au politique de juguler la frénésie polluante des industriels ; au civisme de réguler les déviances écologiques d’une consommation qui pollue par ignorance. Là-dessus, tout le monde s’accorde, c’est la stratégie du civisme horizontal : <em>des petits riens font un grand tout</em>. De la même façon qu’on vous convainc que cinq mille personnes qui donnent 1 euros équivalent à une personne qui en donne 5 000, on vous convainc qu’une ville entière qui plonge civiquement dans le noir pendant 5 min équivaut à une réduction drastique de la part d’un groupe industriel d’une taille donnée pour une durée donnée<sup>1</sup>.</p>
<p>Seulement, la grande faiblesse de ce type de discours, c’est de jouer sur la culpabilité plus que sur la raison. Certes, à consommer de manière trop échevelée, nous brûlons la planète par les deux hémisphères. En outre, notre situation d’Occidentaux accentue encore ce problème, puisque nous sommes une minorité à épuiser la majorité des ressources. A l’incivisme le dispute l’égoïsme morbide. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, personne n’a choisi de naître occidental (i) et bien peu sont ceux qui ont consommé <em>en connaissance de cause</em> jusqu’à ce que les prédicateurs écolo viennent leur dessiller les yeux (ii). Ceux qui auraient dû jouer les prophètes éclairés (à basse consommation naturellement) se sont mis en fait à adopter le discours-type du sermon.</p>
<h2><strong><strong><strong><strong>Individualisme contre altruisme ?<br />
</strong></strong></strong></strong></h2>
<p>Le prêchi-culpa écolo me déchire entre un mode de vie qualifié de civique et de responsable, assimilable en fait à un <em>altruisme</em> complet, et des habitudes, des tropismes qui me sont personnels et qui relèvent de l’<em>individualisme</em> nécessaire à tout un chacun. Le grand rêve alter-gauche de l’écolo d’avoir une Cité idéale où le collectif dissoudrait l’individu pour que la volonté particulière ne dénature pas la Volonté Générale est une utopie. Robespierre, éclairé par Rousseau, a conçu la Terreur à partir de ce mode de raisonnement : dissoudre l’individu dans le corps de la Nation unificatrice. Sauf que, même chez les Athéniens, matrice idéaltypique de la pensée écolo moderne, le collectif n’était pas le grand Tout : il y avait le public, et le privé.</p>
<p>Y a-t-il rien de pire que de vivre constamment aiguillonné par l’écologiquement correct ? Quand je me lève, ma première cigarette est-elle écolo ? Si j’ai froid, dois-je mettre un pull ou ai-je droit au chauffage ? Il paraît que mon papier toilette n’est pas écolo et qu’il vaudrait mieux recouvrer les libations rectales d’antan. La disparition du bidet, tragique arrêt de mort de la santé de la planète ! Comment dois-je faire mes courses en respectant l’écologiquement correct ? Faut-il donc que je passe plusieurs heures dans les rayonnages à comparer la provenance des produits, leur<em>packaging</em>, leur composition, pour faire un calcul empirique de leur bilan carbone et acheter celui qui a consommé le moins d’énergie ?</p>
<p>Il n’y a pas que consommer qui est source de criminalité verte : il y a aussi la vie de tous les jours. Me déplacer peut être suspect. Diantre, il eût mieux valu que j’allasse chercher <em>d’abord</em> ma fille à la danse avant de récupérer mon fils au foot, cela m’eût évité trois kilomètres inutiles (et donc polluants) avec la voiture ! Surtout que ça coûte, un 4×4 qui roule au diesel. Maintenant, même mourir peut être criminel. Mes dernières volontés, pourtant d’ordinairement souveraines parce qu’ultimes, sont maintenant susceptibles d’être retoquées par le législateur pour préserver l’environnement. Le gouvernement anglais fait à présent des recommandations sérieuses, prélude en douceur à une législation future, pour ceux qui voudraient disperser les cendres de leurs défunts proches ayant préféré la crémation à l’inhumation. Déjà que j’ai sali la planète toute ma vie, voilà que je peux encore la polluer une fois mort !</p>
<h2><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong>Hypocrisie écologique<br />
</strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></h2>
<p>Quand cessera-t-on ce totalitarisme vert ? Car ce n’est rien moins que cela, en fait. Le paradigme écolo s’infiltre partout. Il faudrait maintenant que l’écologie chapeautât tous les secteurs de l’action publique. Le tout au service du grand rêve de l’<em>homo ecologicus</em>, un Homme nouveau à façonner : un Homme qui ne polluerait pas, consommerait de manière raisonnée et citoyenne, au bilan carbone irréprochable (en passant de la consommation de viande raisonnée à la maîtrise du tonnage de déchets rejeté au cours d’une vie). En clair : un individu triste en sandales, adorant le tofu et s’interdisant de péter. Et sur le mode TINA, même régime pour tout le monde : puisque la planète est en danger, il <em>faut</em> que nous devenions ainsi.</p>
<p>C’est une vaste hypocrisie que de vouloir changer ces comportements. Le discours écolo qui s’adresse aux consommateurs (subtilement renommés consom’acteurs) tente de contourner par la masse ce qu’il ne peut pas révolutionner ailleurs. Les politiques ont du mal à mettre dans le droit chemin les industriels et les grands groupes économiques, alors on espère faire des consommateurs des têtes d’ampoule (toujours basse consommation) capables d’infléchir à eux seuls mais groupés en masse les industriels. Sauf qu’en fait de proposer un modèle alternatif, les écolos en sont réduits à préconiser des économies de bouts de chandelle. Plutôt que la révolution verte, le compromis kaki. Dans l’idéal, il faudrait acheter ses tomates au marché et les réduire en morceaux soi-même plutôt que d’acheter des dés de tomate en conserve ; il faudrait aussi privilégier le panier en osier plutôt que le sac plastique. Moi, je veux bien, mais comment être éco-responsable, comme on dit, alors que l’on vit dans un monde où les occasions de péché écologique sont légion ? Ces actes déviants de consommation ne sont pas une verrue moderne, ils sont le corrélat d’un mode de vie qui a changé et visent à accompagner ce mode de vie : les emballages plastiques contiennent de quoi vous sustenter sans dilapider votre temps, devenu précieux (et monnayable).</p>
<p>Or, qui faut-il blâmer ? A-t-on vraiment un libre-arbitre — condition essentielle de la notion de responsabilité et donc d’éco-responsabilité — en matière de consommation ? Ne sont-ce pas plutôt les industriels qui produisent les conditions même de notre incivisme de consommateurs ? « Ce n’est pas parce qu’on crée la bombe atomique qu’il faut s’en servir ! », crieront indignés les écolos. Certes, on peut refuser les produits produits dans des conditions pas très respectueuses de l’environnement, bannir les emballages plastiques et les hectolitres de pétrole inutilement dépensés. Mais outre l’énorme et hypocrite gâchis que cela produirait (puisque c’est produit, autant le consommer plutôt que de le jeter), cela ne changerait pas la donne. Ce n’est pas la base qu’il faut blâmer, mais agir en amont. C’est certes plus difficile, mais l’utopie ultradémocratique qui veut que les consommateurs peuvent révolutionner l’industrie en changeant leurs comportements me semble être un miroir aux alouettes.</p>
<p>Et le pire, dans tout cela, c’est que l’écologiquement correct devient une industrie, une manne financière pour l’industrie mondiale. Avant, on surconsommait pas vert ; maintenant, on va surconsommer vert. Splendide et ultime hypocrisie, vous ne trouvez pas ?</p>
<p>&nbsp;</p>
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