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	<title>Nick Carraway &#187; Société</title>
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		<title>Burqa : réponse à Marc Vasseur</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Jun 2011 09:45:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sur Twitter, il se passe aussi des débats. Mais comme il est compliqué d’argumenter en 140 caractères sous peine d’inonder le Twitter des autres, il faut parfois aller ailleurs pour discuter plus aisément. Au sujet de la burqa, donc, il se trouve que Marc Vasseur et moi sommes en désaccord. Pour résumer brièvement le point de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sur Twitter, il se passe aussi des débats. Mais comme il est compliqué d’argumenter en 140 caractères sous peine d’inonder le Twitter des autres, il faut parfois aller ailleurs pour discuter plus aisément. Au sujet de la burqa, donc, il se trouve que Marc Vasseur et moi sommes en désaccord.</p>
<p><span id="more-159"></span>Pour résumer brièvement le point de vue de Marc Vasseur, il pense qu’il faut légiférer sur la burqa car c’est un signe de fermeture à l’autre. Je ne suis naturellement pas de cet avis, et ce pour deux raisons.</p>
<p><strong>On ne légifère pas sur l’asocialité</strong>. Quand bien même la burqa serait utilisée pour marquer une défiance vis-à-vis du monde extérieur (ce que je ne crois pas, c’est un argument discréditant cousu de fil blanc pour qu’il ait une quelconque épaisseur), le législateur n’a pas à s’en préoccuper. Il appartient à chacun de décider si oui ou non il souhaite s’ouvrir aux autres, et de quelle manière il souhaite ou non signifier son affabilité ou son côté farouche, tant que cela reste dans le cadre de la loi. Or, la burqa, hormis causer à celui qui aime l’ouverture aux autres un désagrément avec sa conscience, ne porte aucun tort à la société civile. Par extension, si le problème de la burqa est la fermeture aux autres, alors il faudra mettre dans la même charrette d’autres accessoires vestimentaires. Philippe Manœuvre et Karl Lagerfeld ont du souci à se faire… Et par extension encore, faudra-t-il au surplus interdire les actes de défiance ? Refuser de dire bonjour, refuser de sourire, seront-ils passibles de poursuite ? On critiquera mon raisonnement par l’absurde, mais la préhension de l’argument de la fermeture par l’absurde prouve que ce n’est pas une bonne raison pour légiférer.</p>
<p><strong>L’argument de l’ouverture/fermeture est sous-tendu par l’immigration</strong>. Si l’on réfute l’argument des lunettes de soleil ou de l’humeur chafouine érigée en style de vie et en carte de visite de ses connexions avec le monde social alentour, c’est que ce n’est pas la fermeture à l’autre qui pose problème : c’est la <em>conjonction burqa + fermeture à l’autre</em>. Or, cela est évidemment sous-tendu par la question de l’immigration. Un immigré doit nécessairement s’ouvrir au pays qui l’accueille (i) ; la burqa ferme l’immigrée aux autres (ii) ; donc il faut interdire la burqa (iii). Le syllogisme peut se révéler efficace et logique, il n’en reste pas moins qu’il masque ses intentions derrière le voile de l’évidence de la pensée. On y trouve derrière une récrimination en bloc d’autres refus de conformité : la langue, le mode de vie. La burqa ne se résume donc pas à une question purement vestimentaire et religieuse, mais bien à une appréhension globale de l’assimilation culturelle. Conserver la burqa, ce serait faire montre de sa ferme volonté de ne pas accepter les coutumes du pays dans lequel on vit, et c’est donc un des versants du combat contre les communautarismes. C’est le point de vue d’Elisabeth Lévy, qui clôt son propos par un définitif « <em>Personne n’est obligé de vivre en Occident. Mais en Occident, on accepte le regard des autres.</em> » Or, les témoignages des femmes qui choisissent de porter la burqa montrent qu’elles ne sont pas dans un rejet total d’un pays qui les accueille et de ses modes de vie. Elles consomment occidental, puisqu’elles portent en dessous jean et baskets ; elles parlent français ; elles ne vivent pas nécessairement recluses dans un arriérisme religieux. En un mot elles ne portent pas la burqa pour défier l’Occident, à l’inverse peut-être de ceux qui choisissent de ne pas parler la langue de leur pays d’accueil (encore que je n’ai jamais lu aucune étude ethnosociologique quantifiant ce phénomène et cherchant à le percer ; ça m’a tout l’air d’un mythe social).</p>
<p><strong>On en revient toujours au débat assimilation/coexistence</strong>. On peut donner du crédit à la thèse qui veut que l’immigration doive s’accompagner d’efforts de la part de celui qui est accueilli. Ce n’est pas simplement une question de morale dix-neuviémiste, mais simplement d’ordre social. Une société et une Nation pour se maintenir ont besoin de cohésion, et il est dès lors logique que les pouvoirs cherchent à maintenir cette cohésion en veillant à ce que l’immigration ne vire pas au phénomène d’invasion débrutalisée et librement consentie. En revanche, et je renvoie à mon billet précédent, une telle thèse souffre à mon avis de son impossibilité à envisager l’inverse : que l’Occident à son tour se plie aux coutumes locales quand il n’est pas chez lui. Et c’est finalement l’horizon indépassable de ce débat : l’incapacité de l’Occident à se penser <em>parmi </em>le monde, mais toujours <em>au-dessus</em> de lui, voire <em>étant</em> lui.</p>
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		<title>Décadence début-de-siècle</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 14:59:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Décidément, la blogosphère est un écosystème qui grouille de vie. Sous la canopée du classement Wikio les blogs se déplacent, naissent et disparaissent, s’agrègent et se délitent. Un nouveau réseau de blogs semble se mettre en place : Renovatio Occidentalis. Ce qui les lie, c’est une même sainte horreur de la décadence de l’Occident à l’heure [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Décidément, la blogosphère est un écosystème qui grouille de vie. Sous la canopée du classement Wikio les blogs se déplacent, naissent et disparaissent, s’agrègent et se délitent. Un nouveau réseau de blogs semble se mettre en place : Renovatio Occidentalis.<span id="more-60"></span> Ce qui les lie, c’est une même sainte horreur de la décadence de l’Occident à l’heure de la réintégration de la France dans l’OTAN et de sommets internationaux qui contribueront peut-être à donner une nouvelle impulsion à ce XXIe siècle naissant.</p>
<p>Certains crient déjà au loup. Fascistes ! nazis ! Ce sont les mêmes qui ont la pensée un peu courte, et souvent hémiplégique. Les mêmes qui hiérarchisent les extrêmes, rejettent culturellement l’extrême-droite mais accueillent à bras ouvert l’extrême-gauche en adoptant par jeu certains de ses codes linguistiques (goulag, Politburo), certes désubstantialisés. Les mêmes pourtant qui crieraient à l’horreur si l’on utilisait les mots de <em>stalag</em>, d’<em>oflag</em>, si un patron cynique lâchait à des ouvriers grévistes le terrible adage inscrit sur le linteau du portail en fer forgé qui mène au camp d’Auschwitz : « <em>Arbeit macht frei</em> ». Certains autres comme Le Chafouin<sup>1</sup>, dont j’apprécie de plus en plus les positions posées et intellectuellement honnêtes, rejettent avec vigueur ces paresses intellectuelles.</p>
<p>Pourquoi <em>Renovatio Occidentalis</em>, au-delà des idées qui sont les siennes et dont il appartient à chacun de juger son degré de proximité avec elles, est en soi intéressant ? Parce qu’il renseigne sur les mouvements décadentistes dans leur ensemble. D’une certaine manière, il y a du Robert Aron dans Criticus, certes avec moins de talents de prosateur et même d’intellectuel, mais une même crainte de la dissolution morale d’une nation entière. En 1931, Robert Aron publiait <em>Décadence de la Nation française</em> et le <em>Cancer américain</em>, deux vitrines du groupe de droite conservatrice <em>Ordre Nouveau</em>, l’un des piliers, avec la revue <em>Esprit</em> d’Emmanuel Mounier, du mouvement personnaliste français<sup>2</sup>. Pour les personnalistes français, la faillite morale provenait à la fois de l’individualisme issu de la pensée capitaliste et du reflux du spirituel. Rénover la nation et la pensée françaises passait donc pour eux par la recherche d’une troisième voie entre marxisme et capitalisme, et par le retour de la <em>Primauté du spirituel</em>, comme le titrait le philosophe catholique Jacques Maritain en 1927.</p>
<p>Nous sommes effectivement en ce moment dans une période où nous interrogeons les moindres aspects de notre société. La crise économique mondiale et les tribunaux d’Inquisition morale qu’on dresse sur la place publique pour juger les patrons engraissés amoralement aux stock-options et aux retraites dorées nous imposent de faire une introspection du modèle capitaliste actuel et de corriger immédiatement les dérives qui sont les siennes, dussent-elles le vider de sa substance. Les nouveaux enjeux géopolitiques et les déplacements des foyers de conflit qui ont suivi le 11 septembre nous imposent eux aussi de considérer un nouvel ordre mondial, qui passe par la question de la sécurité mondiale et des jeux d’alliance. Quant à la pensée… voilà plus de vingt ans que l’on fait le procès d’un Occident désintellectualisé, où la vie intellectuelle est repoussée aux marges des salons feutrés, repliée sur de l’entre-soi.</p>
<p>Ce procès de la faillite culturelle et intellectuelle est-il juste ou biaisé ? Chacun jugera. Quoi qu’il en soit, la situation actuelle, toutes proportions gardées, n’est pas sensiblement différente à celle des années 30, avec cette impression d’un monde qui craque de toutes parts, dont on ne sait pas encore ce qu’il peut sortir. Ce matin, les radios revenaient sur les violents incidents de Strasbourg ; depuis la crise économique, quand la violence descend dans la rue, la comparaison avec le 6 février 1934 titille certains. D’autres prédisent une troisième guerre mondiale avec le monde musulman. D’autres enfin sont persuadés que la crise économique est équivalente à celle de 1929. Difficile de dresser une comparaison scientifiquement satisfaisante d’un point de vue historique. Ce qui importe le plus, peut-être, ce n’est pas tant que les faits soient identiques, c’est la comparaison possible de la symbolique : un monde est peut-être en train de mourir, à nous de le rénover (droite) ou de le reconstruire (gauche).</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Lait de justice</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 14:08:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[La vie de la cité]]></category>
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		<category><![CDATA[communication]]></category>
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		<description><![CDATA[A défaut de faire couler beaucoup de lait, les promptes relevailles de Rachida Dati font couler beaucoup d’encre. Que penser de la remise en selle vite fait bien fait de la Garde des Sceaux sitôt après son accouchement ? Récemment, nous nous gaussions de voir derrière cela une peur panique de perdre les Sceaux, alors [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>A défaut de faire couler beaucoup de lait, les promptes relevailles de Rachida Dati font couler beaucoup d’encre.</strong></p>
<p>Que penser de la remise en selle vite fait bien fait de la Garde des Sceaux sitôt après son accouchement ?<span id="more-25"></span> Récemment, nous nous gaussions de voir derrière cela une peur panique de perdre les Sceaux, alors que Nicolas Sarkozy se montre de plus en plus distant de son Ministre de la Justice, et qu’il n’avait pas hésité à programmer une profonde réforme de l’organisation judiciaire alors que la chaire de la Place Vendôme était vacante pour cause de maternité. Et celle qui a toujours souhaité être la bonne élève de la Sarkozie en adoptant les mêmes attitudes que le Président poursuivait avec acharnement son mimétisme jusque dans le bloc opératoire. Quelle calamité c’eût été si son accouchement avait duré plusieurs heures !</p>
<p>Depuis, plusieurs femmes sont montées au créneau. Les féministes sont choquées de ce qu’elles croient être une brèche exemplaire ouverte dans le maintien de cette conquête sociale qu’est le congé maternité. Et les féministes de vociférer que si des ministres balaient d’un revers leur congé pourtant obligatoire, les employeurs pourront faire pression sur les mères qui ne sont pas ministres — pour certaines associations de gauche, il semble qu’entre précaire et ministre, il n’y ait rien — pour faire l’économie de seize semaines de chômage payé. Remarquons qu’elles oublient que la fonction ministérielle échappe sur ce point au Code du Travail en ce qu’elle ne confère pas à son détenteur le titre de salarié. Ségolène Royal et Valérie Pécresse ont apporté leur soutien à la Garde des Sceaux : la première, sur le mode « Leave Rachida alone », en taclant au passage Nicolas Sarkozy pour avoir poussé Rachida Dati à des relevailles rapides. La seconde, en proposant que le congé de seize semaines soit aussi étendu aux femmes politiques. Il faut donc que le législateur fasse son possible pour paver la route à la conciliation de la maternité et de la carrière politique.</p>
<h2><strong><strong>Qui va garder les enfants ?<br />
</strong></strong></h2>
<p>Qu’y a-t-il au fond de blâmable dans cette histoire ? Mon ami Authueil préfère conclure par un « Ça la regarde ». Effectivement, les choix personnels de vie, fussent-ils ceux d’un homme ou d’une femme publique, ne peuvent et ne doivent être jugés par les citoyens. A l’étroite exception près lorsque ces mêmes choix sont dictés par des éléments touchant à la sphère publique. Négliger son enfant dans l’unique but de conserver un ministère, c’est tout de même blâmable. Mais entendons-nous bien. Depuis la République des Jules, les hommes politiques ont fait peu de cas de la progéniture qui naissait en cours de mandat ou de législature : pour sûr, c’est bobonne, à l’abri des regards, qui s’en occupait ! A présent que les femmes politiques acquièrent une notabilité dans l’espace public, la donne change.</p>
<p>Ce n’est pas tant le fait que Rachida ne mette pas sa carrière entre parenthèses qui interpelle. Si l’on regarde un peu la personnalité de la Ministre, on se doute fort que Monsieur n’est pas professeur en collège ni fonctionnaire aux trente-cinq heures. Qu’il s’agisse de l’un ou l’autre des noms avancés par la rumeur, Monsieur a, à coup sûr, une carrière fort remplie d’heures abattues et de responsabilités. C’est une grande avancée de nos jours que le père ou la mère puissent choisir l’un ou l’autre de s’occuper d’un nourrisson à temps plus ou moins plein, même si, en la matière, la femme y est biologiquement plus prédisposée. Même en étant sincèrement égalitaire, on aura quoi qu’il arrive du mal à dépasser cette butée.</p>
<p>Et s’il advenait que père et mère ne missent pas leur carrière entre parenthèses ? « Qui va garder l’enfant ? » semble être une question majeure. Et si l’enfant de Rachida grandissait dans le giron d’une nourrice mamelue ? Si la petite Zohra, en plus d’avoir une mère de sang (et de diamants) avait une mère de lait ? Voilà également l’un des dangers qui peut poindre. Il est des femmes (comme il est des hommes) qui privilégient leur carrière, sens ultime de leur vie. Au point d’en négliger leurs fonctions métaboliques comme les joies de la vie. Plus de gueuletons, des sandwiches avalés sur le pouce ! Plus le temps d’élever les enfants, des nourrices ! Tout cela n’a strictement aucun sens.</p>
<p>Comme on fait son lait, on se couche, dit la sagesse populaire (à peine trafiquée)…</p>
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		<title>Le diktat de l’écologiquement correct</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 14:01:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Idées]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Incroyable comme en l’espace de trente ans, l’écologie est passée du statut d’idée novatrice à celui de diktat quasi totalitaire. Préserver la planète, d’accord. Quand un écolo nous présente des chiffres, qu’Al Gore nous montre son film, que nos gosses nous traînent devant Wall-E, on comprend que la planète est en danger. On comprend aussi très [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Incroyable comme en l’espace de trente ans, l’écologie est passée du statut d’idée novatrice à celui de diktat quasi totalitaire.<span id="more-18"></span></strong></p>
<p>Préserver la planète, d’accord. Quand un écolo nous présente des chiffres, qu’Al Gore nous montre son film, que nos gosses nous traînent devant <em>Wall-E</em>, on comprend que la planète est en danger. On comprend aussi très vite que deux grands groupes de coupables en sont cause : les industriels et les consommateurs. Au politique de juguler la frénésie polluante des industriels ; au civisme de réguler les déviances écologiques d’une consommation qui pollue par ignorance. Là-dessus, tout le monde s’accorde, c’est la stratégie du civisme horizontal : <em>des petits riens font un grand tout</em>. De la même façon qu’on vous convainc que cinq mille personnes qui donnent 1 euros équivalent à une personne qui en donne 5 000, on vous convainc qu’une ville entière qui plonge civiquement dans le noir pendant 5 min équivaut à une réduction drastique de la part d’un groupe industriel d’une taille donnée pour une durée donnée<sup>1</sup>.</p>
<p>Seulement, la grande faiblesse de ce type de discours, c’est de jouer sur la culpabilité plus que sur la raison. Certes, à consommer de manière trop échevelée, nous brûlons la planète par les deux hémisphères. En outre, notre situation d’Occidentaux accentue encore ce problème, puisque nous sommes une minorité à épuiser la majorité des ressources. A l’incivisme le dispute l’égoïsme morbide. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, personne n’a choisi de naître occidental (i) et bien peu sont ceux qui ont consommé <em>en connaissance de cause</em> jusqu’à ce que les prédicateurs écolo viennent leur dessiller les yeux (ii). Ceux qui auraient dû jouer les prophètes éclairés (à basse consommation naturellement) se sont mis en fait à adopter le discours-type du sermon.</p>
<h2><strong><strong><strong><strong>Individualisme contre altruisme ?<br />
</strong></strong></strong></strong></h2>
<p>Le prêchi-culpa écolo me déchire entre un mode de vie qualifié de civique et de responsable, assimilable en fait à un <em>altruisme</em> complet, et des habitudes, des tropismes qui me sont personnels et qui relèvent de l’<em>individualisme</em> nécessaire à tout un chacun. Le grand rêve alter-gauche de l’écolo d’avoir une Cité idéale où le collectif dissoudrait l’individu pour que la volonté particulière ne dénature pas la Volonté Générale est une utopie. Robespierre, éclairé par Rousseau, a conçu la Terreur à partir de ce mode de raisonnement : dissoudre l’individu dans le corps de la Nation unificatrice. Sauf que, même chez les Athéniens, matrice idéaltypique de la pensée écolo moderne, le collectif n’était pas le grand Tout : il y avait le public, et le privé.</p>
<p>Y a-t-il rien de pire que de vivre constamment aiguillonné par l’écologiquement correct ? Quand je me lève, ma première cigarette est-elle écolo ? Si j’ai froid, dois-je mettre un pull ou ai-je droit au chauffage ? Il paraît que mon papier toilette n’est pas écolo et qu’il vaudrait mieux recouvrer les libations rectales d’antan. La disparition du bidet, tragique arrêt de mort de la santé de la planète ! Comment dois-je faire mes courses en respectant l’écologiquement correct ? Faut-il donc que je passe plusieurs heures dans les rayonnages à comparer la provenance des produits, leur<em>packaging</em>, leur composition, pour faire un calcul empirique de leur bilan carbone et acheter celui qui a consommé le moins d’énergie ?</p>
<p>Il n’y a pas que consommer qui est source de criminalité verte : il y a aussi la vie de tous les jours. Me déplacer peut être suspect. Diantre, il eût mieux valu que j’allasse chercher <em>d’abord</em> ma fille à la danse avant de récupérer mon fils au foot, cela m’eût évité trois kilomètres inutiles (et donc polluants) avec la voiture ! Surtout que ça coûte, un 4×4 qui roule au diesel. Maintenant, même mourir peut être criminel. Mes dernières volontés, pourtant d’ordinairement souveraines parce qu’ultimes, sont maintenant susceptibles d’être retoquées par le législateur pour préserver l’environnement. Le gouvernement anglais fait à présent des recommandations sérieuses, prélude en douceur à une législation future, pour ceux qui voudraient disperser les cendres de leurs défunts proches ayant préféré la crémation à l’inhumation. Déjà que j’ai sali la planète toute ma vie, voilà que je peux encore la polluer une fois mort !</p>
<h2><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong>Hypocrisie écologique<br />
</strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></h2>
<p>Quand cessera-t-on ce totalitarisme vert ? Car ce n’est rien moins que cela, en fait. Le paradigme écolo s’infiltre partout. Il faudrait maintenant que l’écologie chapeautât tous les secteurs de l’action publique. Le tout au service du grand rêve de l’<em>homo ecologicus</em>, un Homme nouveau à façonner : un Homme qui ne polluerait pas, consommerait de manière raisonnée et citoyenne, au bilan carbone irréprochable (en passant de la consommation de viande raisonnée à la maîtrise du tonnage de déchets rejeté au cours d’une vie). En clair : un individu triste en sandales, adorant le tofu et s’interdisant de péter. Et sur le mode TINA, même régime pour tout le monde : puisque la planète est en danger, il <em>faut</em> que nous devenions ainsi.</p>
<p>C’est une vaste hypocrisie que de vouloir changer ces comportements. Le discours écolo qui s’adresse aux consommateurs (subtilement renommés consom’acteurs) tente de contourner par la masse ce qu’il ne peut pas révolutionner ailleurs. Les politiques ont du mal à mettre dans le droit chemin les industriels et les grands groupes économiques, alors on espère faire des consommateurs des têtes d’ampoule (toujours basse consommation) capables d’infléchir à eux seuls mais groupés en masse les industriels. Sauf qu’en fait de proposer un modèle alternatif, les écolos en sont réduits à préconiser des économies de bouts de chandelle. Plutôt que la révolution verte, le compromis kaki. Dans l’idéal, il faudrait acheter ses tomates au marché et les réduire en morceaux soi-même plutôt que d’acheter des dés de tomate en conserve ; il faudrait aussi privilégier le panier en osier plutôt que le sac plastique. Moi, je veux bien, mais comment être éco-responsable, comme on dit, alors que l’on vit dans un monde où les occasions de péché écologique sont légion ? Ces actes déviants de consommation ne sont pas une verrue moderne, ils sont le corrélat d’un mode de vie qui a changé et visent à accompagner ce mode de vie : les emballages plastiques contiennent de quoi vous sustenter sans dilapider votre temps, devenu précieux (et monnayable).</p>
<p>Or, qui faut-il blâmer ? A-t-on vraiment un libre-arbitre — condition essentielle de la notion de responsabilité et donc d’éco-responsabilité — en matière de consommation ? Ne sont-ce pas plutôt les industriels qui produisent les conditions même de notre incivisme de consommateurs ? « Ce n’est pas parce qu’on crée la bombe atomique qu’il faut s’en servir ! », crieront indignés les écolos. Certes, on peut refuser les produits produits dans des conditions pas très respectueuses de l’environnement, bannir les emballages plastiques et les hectolitres de pétrole inutilement dépensés. Mais outre l’énorme et hypocrite gâchis que cela produirait (puisque c’est produit, autant le consommer plutôt que de le jeter), cela ne changerait pas la donne. Ce n’est pas la base qu’il faut blâmer, mais agir en amont. C’est certes plus difficile, mais l’utopie ultradémocratique qui veut que les consommateurs peuvent révolutionner l’industrie en changeant leurs comportements me semble être un miroir aux alouettes.</p>
<p>Et le pire, dans tout cela, c’est que l’écologiquement correct devient une industrie, une manne financière pour l’industrie mondiale. Avant, on surconsommait pas vert ; maintenant, on va surconsommer vert. Splendide et ultime hypocrisie, vous ne trouvez pas ?</p>
<p>&nbsp;</p>
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