De Marbella à la République des Blogs

Ségolène Royal est furibarde. Paris-Match, le journal des politiques-qui-voudraient-vivre-l’über-vie-de-Beyoncé, a publié des clichés pseudo-volés de Ségolène Royal main dans la main avec un homme d’affaires français. Ah la la, ça ne se passera comme ça, qu’elle dit la Ségolène : allez, au trou les journalistes gonzo ! C’est que les photos, publiées juste après son passage en Guadeloupe, font un peu « télescopage », comme elle dit. Ah ! les grandes figures de la gauche qui couchent dans des draps de soie avec des barons d’affaires dans des palmeraies sublimes et qui, la braguette rezippée, s’en vont pourfendre le capitalisme destructeur ! Toujours ce paradoxe irrésolu : Julien Dray fait dans ses chausses quand on révèle son goût pour les montres et Ségolène Royal toussotte quand on photographie ses batifoleries andalouses. Du côté de la Madone du Poitou, on crie au viol de la vie privée et à l’avilissement de sa dimension politique, qu’on voudrait décrédibiliser en la rétrogradant au rôle plastique d’icône people. Du côté de Paris Match, on tonne à l’hypocrisie : « Mais la peste soit de la suffisante Ségolène ! Quelle déplorable manie est-ce là que ces hommes politiques qui courtisent les journalistes quand il faut se faire flasher en terrain politique, et qui refusent toute image compromettante ? » Pointe-à-Pitre, touché. En effet, Ségolène est prise à son propre piège. Sa stratégie politique est identique à celle de Sarkozy : monter grâce aux médias. Son voyage en Guadeloupe, c’est communication de tarmac à tarmac. Ses frasques obamaniaques, c’est délire présidentiel et médiatique. Sauf que les médias sont moins bêtes qu’ils en ont l’air : vous leur donnez le doigt, ils réclament légitimement le bras. Si tu veux être star comme Beyoncé, attention dans ce cas à ne pas sortir sans maquillage oulardée comme une truie !

Hier, Benoît Hamon était à la République des Blogs, pour débattre des élections européennes. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a déçu. Tout le monde attendait un débat informel, autour d’une mousse, avec podcasting à mort et éclairages merdiques. Oui mais Benoît il aime pas ça. Il veut contrôler chaque image. Alors on s’arrange pour faire venir CAPA qui se chargera de vendre le sujet à Canal, histoire de montrer que Ben, c’est grave un djeunz politique. De toute façon, blogs ou autres médias, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, comme il l’a dit hier. C’est vrai qu’à l’heure des iPhone et autres sorcelleries technologiques, un petit off qui buzze serait si vite arrivé, comme un doigt un peu turgescent qui gigoterait, ou un montage exclusif de « Euuuuuuuuuh… » Pas bon, pas bon, tout ça, pour la communication.

N’ont-ils pas encore compris que cela ne sert pas à grand chose de vouloir tout contrôler par peur de la petite phrase assassine ? Allez Benoît, viens prendre une mousse à la RDB. Tu verras, les blogueurs aiment bien qu’on ne les prenne pas pour des journalistes charognards ; ils aiment le contact personnalisé et informel, sincère et sans arrière-pensée. Et (mais chut c’est un secret) il paraîtrait même que ça serait une super occasion pour engendrer du buzz positif. Les marques ont commencé à le piger.

 

10 Responses to De Marbella à la République des Blogs

  • Jules02:

    Désolé de te reprendre, mais c’est la République des blogs — ses organisateurs, qui ont décidé d’un débat.
    Benoît Hamon s’attendait plutôt à une mousse informelle, comme tu le dis. Et la mise en forme d’une discussion l’a en réalité fait hésiter.
    Quant à CAPA, c’est encore nous qui avons traité avec eux pour voir un peu ce qui se passait chez nous. Rien à voir avec Hamon. Il était juste informé de la circonstance.
    Bon, je reviendrai là-dessus dans un prochain billet, promis. Mais pas de conclusion hâtive. Une bonne par de ce qui s’est passé — y compris le pire — doit être imputé aux organisateurs. Ton serviteur en particulier.

  • Nick Carraway:

    Je précise que je me base sur ce que j’ai pu regarder, et les discussions qui se sont ensuivies. Ce qui est clair, c’est que le format d’hier était beaucoup trop mainstream. Je doute que CAPA aurait été intéressée par voir Hamon picoler en discutant avec des parfaits inconnus, de toute façon. Mais on essuyait les plâtres hier, le format va se trouver.

  • dagrouikZc:

    @Jules : voilà un détail très intéressant, par ce que le coté “conf de presse” était un peu … comment dire, décalé.

  • Donjipez:

    Admettons. Si on retient l’idée que Royal arrange ses pipoleries et ses couvertures médiatiques quand ça l’arrange et qu’il est donc pas anormal qu’une certaine presse s’intéresse aussi à sa vie quand ça l’arrange moins; qu’en est il de Sarko ? Lui aussi nous a confié qu’avec une certaine dame c’était du sérieux. Si le mariage fut discret la com’ du couple élyséen beaucoup moins. Alors pourquoi un journal, le Paris-Match de son pote Lagardère par exemple, ne publie-t-il pas les infos (et certaines photos qui circulent) de ce que la grande presse parisienne sait et que le tout-Paris murmure. Oui, il y aurait eu mariage un peu rapide et chacun mène ses aventures. Elle avec ce qu’elle avait sous la main et lui dans tous les sens dont une ancienne conquête qui fit l’interim après Cecilia. Si on dit tout quand les politiques jouent de leur vie privée dans les médias, pourquoi cette approche à deux (voire trois) vitesses ? Il y a là comme un problème…

  • romain blachier:

    @nick:je ne savais pas que quand on était de gauche on s’engageait à ne jamais prendre de vacances et à manger des miettes de thon en boite comme seul repas…

  • Nick Carraway:

    @Romain : On peut, mais on voit bien que les socialistes détestent qu’on révèle leur vie luxueuse. Il y a toujours un malaise de conscience irrésolu !
    @Dagrouik : Bayrou est plus proche de Pompidou que de Sarko. Qui connaît la tronche de la femme de Bayrou ? Qui l’a déjà vu en vacances ? Qui l’a déjà vu faire des shows médiatico-politico-festifs comme au Zénith, avec un nouveau look so glamour ? Est-il coaché par un mec qui bosse dans le cinéma ? On n’a pas vu non plus Bayrou se ruer sur les théâtres chauds de l’actu politique.

  • Eric:

    “Qui connaît la tronche de la femme de Bayrou ?”
    Non, mais tout le monde connaît le visage du n°2 du Modem.

  • Nick Carraway:

    @Eric : Je ne saisis pas le rapport !

  • romain blachier:

    Je ne vois pas ce qui te fait dire que l’ensemble des socialistes (relis ce que tu as écris) méne une vie luxueuse…Dans ma section de Lyon, j’ai des chomeurs, des chefs d’entreprise, des classes moyennes, des petits salaires, des un peu moins petits…Et même si tous les socialsites étaient imposés sur la fortune, je ne vosi pas où serait le souci? Ce n’est pas de gagner de l’argent qui est un crime, c’est de laisser crever les autres sans les aider un peu par la redistribution.
    Et ce n’est pas la question du luxe ou non qui est la question mais la vie privée.Par exemple lorsque j’étais rmiste (et déjà socialiste) ça m’aurait fait chier qu’on mette une photo de moi en train de bouffer des miettes de thon dans un canard dans mon intimité.

  • Nick Carraway:

    @Romain : Je n’ai jamais parlé des socialistes dans leur ensemble (et surtout pas des militants et des électeurs), mais seulement des “grandes figures”. Je n’ai jamais dit non plus que l’argent était incompatible avec le fait de se réclamer socialiste, je dis simplement que quand les figures de la gauche se font épingler par les médias pour des questions d’argent, elles sont extrêmement gênées, preuve que le PS est encore plein d’atermoiements à ce sujet.
    Si Ségolène Royal avait été photographiée main dans la main sur la plage du Touquet ou sur le plateau du Larzac, je doute qu’elle s’en serait vraiment offusquée. Elle a précisé déplorer le “télescopage” entre la Guadeloupe et Marbella, à savoir le choc entre ses vacances dorées et son voyage dans une île en crise. A croire qu’elle a du mal à assumer.