Le parachutage n’existe pas aux européennes

Viennent les élections, et la parade des postes commence. Qui mettre où ? Comment ménager les susceptibilités ? Surtout, quelle place est la meilleure pour chacun ? On remarquera d’ailleurs qu’il est souvent coutume de s’interroger sur la provenance territoriale du candidat : est-il un enfant du pays ? Vient-il là pour nous défendre ou parce que c’est un tremplin aisé vers son ambition (en clair : une circonscription aisément gagnable).

N’a-t-on pas assisté au même cirque ces deux derniers mois ? Souvenez-vous de Vincent Peillon. Vincent Peillon, député européen depuis 2004 et élu dans la circonscription du Nord-Ouest, se dit que depuis la présidentielle et le congrès de Reims, sa pouliche Ségolène Royal a vu sa cote fortement augmentée, et celle de son staff, dont il fait partie, également. N’est-ce pas le moment, se dit-il, de faire un come back sur la scène politique française, et de quitter l’exil bruxellois auquel va être à l’inverse condamnée sa collègue Rachida Dati ? Pour ce faire, il faudrait nécessairement être élu dans la même circonscription, qui est proche de la Somme dont il fut député. Mais voilà : Martine Aubry est première secrétaire, et Martine Aubry contrôle le Nord, et sans doute ne l’entend-elle pas de cette oreille. Pour Vincent Peillon, ce sera le Sud-Est ou rien du tout. Et Vincent Peillon de s’étrangler : quel crève-coeur !

Aujourd’hui, Luc Ferry est en butte au même dilemme : l’UMP veut le parachuter en province. Mais Luc Ferry refuse : pas de parachutage ; c’était l’Île-de-France, ou rien.

Ces postures sont clairement hypocrites. Elles symbolisent surtout le manque de culture européenne des formations politiques françaises. En France, un poste de député européen est un mandat comme un autre, qui doit permettre une attache locale et une exposition médiatique certaine. Comment expliquer la complainte de Vincent Peillon sinon par son désappointement de devoir faire campagne là où il n’a pas pied ? Comment expliquer le refus poli de Luc Ferry de faire de même ?

Il faudra leur dire, un jour, que les circonscriptions européennes sont un découpage factice destiné à faciliter la procédure électorale. Il faudra leur dire que le Parlement européen ne vote pas de mesures s’appliquant à tel département. Il faudra leur dire qu’au Parlement européen, il n’y a que des représentants nationaux.

Peut-être parviendra-t-on à le faire comprendre en réalisant une idée de prime abord saugrenue, mais qui pourrait avoir une grande force symbolique : redessiner l’échiquier des circonscriptions en créant des circonscriptions européennes, transfrontalières, qui pourraient avoir le bénéfice de mieux correspondre à certaines logiques d’aménagement économique. Pourquoi ne pas faire sauter la barrière des Pyrénées et élire, de Bordeaux à Montpellier, de Toulouse à Barcelone, les mêmes députés européens ? Et de Lyon à Milan, de Marseille à Turin, à l’heure où l’on prépare le TGV ? Et de Lille à Rotterdam ? Sans doute que là, parachutés pour partie au-delà du territoire, les candidats au Parlement de Bruxelles auraient moins tendance à penser popote !

 

3 Responses to Le parachutage n’existe pas aux européennes

  • la fourmi rouge:

    ” Elles symbolisent surtout le manque de culture européenne des formations politiques françaises.”
    Et voilà voilà…

    Le pantouflage de ces messieurs (l’un Parisien jusqu’au bout des ongles, l’autre apparatchick bon teint, pour les 2 que vous nommez), gratifié d’un salaire et d’avantages divers, est leur unique Graal.

    Elle est pas belle la France avec l’esprit dévoué à la res publica ?

    ” et la parade des postes commence “, c’est pourquoi la constitution des listes par les partis et leurs dirigeants, est l’opposé de ce l’on est en droit d’attendre en démocratie.
    C’est un retour dur et sans équivoque à la IV ième.

    Une solution nouvelle est à imaginer, en tenant compte de la réalité nationale, régionale et européenne tout à la fois.

    Bien à vous,

    PS : quel français impeccable ! qu’il est agréable de vous lire !

  • emachedé:

    Il faut les comprendre…et même d’un point de vue grenellien de l’environnement, difficile à avaler de faire 300km pour rencontrer des gens dont vous ignorez tout pour au final leur demander d’être leur représentant.
    Sinon à quoi bon mettre l’étiquette “Sud-Ouest”, “Nord”…

    En revanche, on revoit poindre les tractations politiques pour ne pas dire les mêmes magouilles électorales déjà vues pour des élections locales ou départementales.

    Alors qu’évidemment l’Europe n’a pas besoin d’un tel cirque, comme vous le précisiez, ce sont des mandats nationaux. A qui la faute?

  • florent:

    “un découpage factice destiné à faciliter la procédure électorale”

    je crois que le verbe adéquat n’est pas “faciliter” mais “entraver”…