N’exagérons rien

L’UMP a tenu le congrès qui a triomphalement intronisé Xavier Bertrand au secrétariat général et reconduit à l’unanimité le bureau. Métamorphosée, la droite sarkozyste ? N’exagérons rien.

Il y a certains que la came sarkozyste fait sérieusement bander. Au point d’en perdre tout sens critique. Paul-Henri Limbert, plus flagorneur que journaliste, livre encore une fois un éditorial au cirage. Bis repetita placent ? Il avait déjà commis un attentat intellectuel en saluant le pragmatisme sarkozyen au moment de la crise à l’automne.

Il a donc bissé. Revenant sur le congrès de l’UMP, Limbert salue une droite enfin décomplexée, qui n’hésite plus depuis la campagne de 2007 à aborder franchement certains thèmes de société comme l’immigration, les sales chômeurs et les fonctionnaires fainéants. Sarkozy, libérateur d’une droite coincée ? C’est un peu aller vite en besogne. C’est surtout considérer que la droite est ataviquement crypto-raciste, peu soucieuse de son administration et dispensatrice de conseils à la Guizot version Monsieur Prudhomme : « Vous voulez de l’argent ? Eh bien, travaillez plus, mon jeune ami, ou travaillez : quand on veut, on peut. » Or, il y a des droitiers purs et durs que cette tambouille surgelée répugne. Sauf qu’ils se font discrets depuis que Chirac les a lâchés au coin du bois. Les anciens rejetons de la droite gaulliste, très centriste dans le fond, et qui avaient installé les barbelés sur leur droite, se retrouvent maintenant à poil, dépossédés de leur mainmise idéologique sur une droite dont une frange néolibérale a senti au doigt mouillé que le salut viendrait de l’est. Pas de Moscou, non, mais d’une droitisation du discours. Pour anéantir Chirac, il fallait nécessairement bouger.

Sauf que, une fois la conquête venue, Sarko a bien compris que la France se gouverne toujours au centre. Formidable ! s’extasie Limbert. Oui, non seulement la droite est réconciliée avec elle-même, mais en plus elle se découvre un « tropisme de gauche » : promotion de la diversité, ouverture à gauche, mise en place du RSA, gros coup de colère contre les banquiers, responsabilités écolo, retour de l’État, etc.

De gauche, l’UMP ? N’exagérons rien. Le philanthropisme dix-neuviémiste de la droite a vécu. Jadis, oui, la droite était d’une certaine manière de gauche. Le catholicisme bien moral et réac’ forçait une droite remplie de barons industriels a développer des actions de charité, du mécénat, à organiser devant soi un zoo humain avec lequel on faisait joujou. Le paradis, ça s’achetait. Aujourd’hui, cette droite-là n’existe plus, la droite hédoniste et individualiste l’a remplacée, qui place l’avancement personnel au-dessus de tout et qui de morale, ne connaît que celle qu’il faut marteler dans le cigare de nos gosses.

Rappellera-t-on que le factice tropisme sinistrogyre de l’UMP ne vise qu’à mettre le PS en face de ses propres échecs ? Le débauchage de personnalités de gauche est un crime attentatoire destiné à attiser les déchirures internes dans un parti sclérosé. La promotion de la diversité, ce n’est qu’un alibi, un pied de nez espiègle comme il en existe tant dans les cours de récréation : «Moi j’ai fait c’que t’as pas fait-euh, nananinanère ! » Surtout, Sarkozy s’est découvert une âme de pragmatique. Ah ! le joli mot. La course tous azimuth érigée en principe directeur. Ou comment être de gauche, de droite, partout et donc nulle part tout à la fois. L’État doit donc se remettre en selle depuis la crise mondiale ? Mais alors, pourquoi vouloir poursuivre à tout crin la politique de dégraissage des effectifs d’État ? Moraliser le capitalisme financier et distribuer les râclées — qu’on veut redonner aux professeurs dans leur arsenal pédagogique — aux banquiers peu scrupuleux vis-à-vis de l’épargne publique ? La belle affaire ! Je vous donne de l’argent, mais c’est la dernière fois, hein ?

Populaire, la droite ? Le mot est dénaturé de son sens à un tel point qu’on pourrait le remplacer par xylophone qu’on n’y verrait pas la substitution. Nadine Morano se déhanchant à Royan ou se faisant tripoter par quinze paires de bras qui lui font faire l’avion, c’est être populaire ? Parler com’ Georges Marchais, c’est êt’ populaire, m’am’ Chabot ? Se mettre subitement à faire du jogging comme plein de Français, c’est être populaire ? Populiste conviendrait mieux : les études de marché ont été soigneusement réalisées. La marque UMP doit flatter le péquin moyen qui aime jouer au PMU sa Gitane au bec pendant que sa grognasse à bigoudis est scotchée devant la Star Ac’ ou Michel Drucker. Le Français aime qu’on lui renvoie une bonne image de lui, tout arrogant qu’il est. Il aime pouvoir se mirer dans des représentants qui l’enferment cependant dans des visions stéréotypées. La masse est une crasse.

Finalement, là où l’UMP est clairement de gauche, c’est dans les scores staliniens du congrès et dans les magouilles dignes du Kremlin version Oulianov. Raffarin réélu à 93% des voix, Xavier Bertrand plébiscité à l’unanimité par le Bureau politique, un Secrétaire général désigné par le Président et légitimé post-partum par un vote godillot, une opposition inexistante…

Monsieur Limbert, l’amour rend aveugle. Et la branlette rend sourd.

 

One Response to N’exagérons rien

  • b.mode:

    Bel article. Le problème avec le Figaro de Mougeotte est qu’il est devenu un journal de propagande aveugle. Même sous Beytout, il était plus libre…