Petit exercice de syntaxe journalistique

La mise en récit des événements par la presse donne toujours lieu à des construction très intéressantes lorsqu’on analyse l’impact qu’elles produisent. Exemple avec l’Express.

L’Express de ce jour revient sur la motion de censure qu’ont défendue aujourd’hui les socialistes et que votera François Bayrou. Le titre est limpide : « Soutenu par Bayrou, le PS présente sa motion de censure. »

Si le titre est factuellement vrai (le PS présente bien une motion de censure, et Bayrou lui a bien apporté son soutien), il n’en produit pas moins un effet étrange quand on gratte la surface. Le PS est un mastodonte parlementaire avec ses presque 200 députés ; Bayrou, une souris, avec trois pèlerins dont un ultramarin qui, comme tous les députés d’Outremer, est considéré comme un député de seconde zone. Bayrou, de sa voix unique et infinitésimale, va donc épauler un PS minoritaire dans sa tentative de renversement du gouvernement : c’est un peu le baroud d’honneur de David contre Goliath.

Le plus intéressant dans cette image est ce qu’elle laisse apparaître en filigrane : Bayrou serait donc en mesure de soutenir le PS. Bayrou pèserait donc un poids équivalant à celui du PS, et Bayrou et le PS alliés, c’est la majorité de la population qui serait contre le gouvernement ! Les médias, l’Express en tête, font donc mentir tous les contempteurs de Bayrou qui lui objectent de ne plus représenter que lui-même. Pour les médias, Bayrou au contraire représente encore quelque chose, et c’est ce qui explique aujourd’hui qu’on n’arrive pas à l’enterrer. Increvables, les Béarnais…

Comme quoi, quand les médias se mettent à écrire comme des pieds, l’inconscient parle. Continuez les perles, messieurs les journalistes !

 

One Response to Petit exercice de syntaxe journalistique

  • DooM:

    Les élections législatives étant ce qu’elles sont le Mouvement démocrate a été largement défavorisé en termes de places. Le nombre de députés Modem ne représente pas l’audience réelle de ce mouvement, comme le prouve à contrario la forte présence de députés Nouveau Centre dans l’hémicycle. Nul besoin de s’étendre sur les raisons de ce paradoxe pour qui connaît le fonctionnement concret de nos institutions.
    Si l’on se base sur les dernières présidentielles, UDF (ce qui n’est pas parfaitement équivalent à Bayrou, je l’admet) + PS = Ségo présidente, presque surement.