Pourquoi je n’achèterai pas le numéro 19 de Vendredi

La journée de la femme arrive à grand pas, et Vendredi sort un numéro entièrement écrit par des femmes. Comme prévu, ça trolle partout et ça fait débat. Je vous invite à aller lire ici, ici, ici, ici et ici. Ce numéro, je ne l’achèterai pas.

Après réflexion, l’orientation féministe du numéro spécial n’est pas nécessairement le pire de mes griefs. Je déplore cependant qu’il soit impossible, au XXIe siècle, d’être un tant soit peu critique envers certains discours et actions féministes sans être taxé de machos qui a des problèmes avec sa virilité. Ces femmes qui crient haut et fort qu’elles veulent faire de la politique autrement et qu’elles ont des qualités que les hommes n’ont pas, visiblement sont incapables de débattre sans se jeter des anathèmes qui ne font pas avancer le schmilblick, et de se remettre en question.

Je fais partie de ceux qui plaident pour l’égalité salariale, pour une meilleure législation qui permettrait de mieux concilier travail et vie familiale, et évidemment pour une meilleure représentation des femmes à l’Assemblée (mais pas uniquement : il y a d’autres composantes sociales qui manquent à l’Assemblée). Pour autant, ça ne m’empêche pas d’exécrer les féministes, qui sont dans leur très grande majorité focalisée sur le chiffre de la parité plus que sur son principe.

Quand je vois Olympe faire des calculs d’apothicaire sur le classement Wikio pour déplorer que sur les 20 blogs politiques les plus influents, il n’y ait pas assez de femmes, je trouve ça risible. De même quand je l’entends dire qu’elle a effectué des statistiques (!) sur les numéros de Vendredi pour connaître le taux de publication des blogs de femmes. Au bout d’un moment, il faut savoir coopérer : ou bien les féministes jouent les inspecteurs des travaux finis et passent leur temps à harceler tous ceux qui n’ont pas atteint la parité, ou bien on est un tant soit peu progressistes et on considère que le principe vaut mieux que le résultat lui-même. Vendredi a toujours publié des blogs de femmes, certes moins que les hommes (et pas pour les raisons machistes qu’évoquent Olympe et d’autres). Il a toujours fait primer le contenu du billet sur leur auteur, même si je trouve depuis quelques numéros que le pool de blogueurs tend à se fossiliser autour d’une vingtaine de blogs.

Encore une fois, on prend un classement qui ne signifie rien pour le détourner à des fins politiques. Le collectif des Femmes Engagées, c’est comme les Left Blogs : se linker mutuellement, se bombarder de commentaires mutuels, pour grimper artificiellement dans le classement. C’est une pure démarche d’affichage. Il s’agit d’attester qu’il y a des blogs féminins qui sont lus et qui sont influents. Influents par leur qualité ? On s’en fiche ! C’est la même démarche que ceux qui prennent à tout prix des femmes sur leurs listes électorales, sans regarder leurs compétences concrètes. Je ne crois pas que ce soit servir la cause des femmes que de les utiliser comme ça.

Si je n’achèterai pas Vendredi aujourd’hui, c’est parce que ce numéro va à l’encontre du projet qu’on m’avait proposé au moment des numéros d’essai. L’objectif de Vendredi, qui figure toujours en slogan en une, c’est « chaque semaine, les meilleures infos du net. » Or, ce n’est absolument pas ce qu’on aura dans ce numéro, qui est centré sur la femme. Que Vendredi invite un collectif de femmes à jouer les rédactrices en chef et à sélectionner elles-mêmes les billets, je trouve l’idée très séduisante, et on pourrait la reproduire pour d’autres groupes (blogs de gauche, de droite, européens, etc) : chacun à une sensibilité différente vis-à-vis de l’information, et le pluralisme est une bonne chose. Mais que ces femmes rédactrices en chef d’un jour ne publient que des blogs de femmes, je ne vois pas l’intérêt. C’est l’auteur du blog qu’on veut mettre en avant, et pas l’information qu’il publie ! Le journal est détourné de sa fonction première pour d’autres fins, et ça ne me plaît pas. Comme ça ne me plairait pas de lire un journal qui ne publie que des articles ouvertement de gauche, ou autres combinaisons.

Et pour répondre à celles et ceux qui sont focalisés sur le chiffre de « 1 numéro dans l’année, c’est 1/52e, c’est pas la mer à boire », je répondrai que ça ne change rien. Allez plaider devant un juge que certes, vous avez volé, mais c’était un petit montant. Ca n’enlève en rien le principe initial. Alors certes, ce n’est qu’un numéro, inutile d’en faire toute une montagne. Mais ça n’est pas une raison pour ne pas en parler, ni non plus pour ne pas l’acheter. Il y aura donc un trou dans ma collection, et il y en aura à chaque fois que le journal tombera dans l’entre-soi.

Ce qui ne m’empêche pas de soutenir encore et toujours le projet du journal. Mais avec esprit critique.

 

5 Responses to Pourquoi je n’achèterai pas le numéro 19 de Vendredi

  • Antonin:

    Hey ! Sexiste… T’as pas honte ?

  • Hervé Torchet:

    Moi, je l’ai acheté et il m’a déçu : on annonçait un texte de Quitterie, il n’y en a pas, et il n’y a pas une ligne sur la grosse actu du moment : Hadopi. C’est très mauvais, vivement Quitterie.

  • Nick Carraway:

    @Hervé : Je me fiche de savoir s’il y a Quitterie ou non. Mais les articles proposés dans Vendredi ne touchent pas tous à l’actualité. Si au moins tous les textes proposés étaient des sujets chauds de cette semaine (comme Hadopi) ! A la place, on a un catalogue de témoignages, de chroniques, etc. Ce n’est pas ce que je cherche dans Vendredi.

  • fcinq:

    [cynique] bah, cela permet à Vendredi d’avoir sa reprise dans la revue de presse d’Inter de 7h30, cible ô combien stratégique [/cynique]

  • Nick Carraway:

    Et oui : ce que les harpies féministes ne savent pas, c’est que sans nos critiques, le numéro de Vendredi ne se serait pas vendu. C’est nous qui servons leur cause ;-)