Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents communistes

Pour ceux qui me followent sur Twitter, ce n’est plus un secret de polichinelle : je suis admissible à SciencesPo Paris. Assez surpris, d’ailleurs, étant donné que je m’étais très peu préparé, hormis l’épreuve d’anglais. Certains suivaient une prépa depuis le mois d’octobre et ne l’ont pas eu, preuve que ce concours est une gigantesque loterie et qu’il génère un marketing de la crainte de l’échec assez phénoménal si l’on regarde les prix pratiqués par des organismes comme IPESUP ou toutes ces pseudo-boîtes de management des entretiens pour les oraux qui vous promettent de vous aider à réussir un oral. C’est comme ça que vous perdez confiance en vos capacités de réussite, alors qu’un entretien, pardonnez-moi l’immodestie, ça n’est pas véritablement compliqué dès lors qu’on sait ce que le jury attend de nous.

Je me dis que peut-être, mon impréparation de façade m’a permis d’y aller plus relâché, et le déroulé des épreuves m’a sans doute quelque peu aidé : une note de synthèse en première épreuve sur l’impact sociétal de l’augmentation de l’espérance de vie, où je pestais que les analyses sociologiques et anthropologiques (notamment Van Gennep) étaient réduites dans le corpus à la portion congrue ; une épreuve d’anglais relativement abordable, mais avec un essai dévastateur sur la mort du capitalisme, où j’ai été obligé de jouer les Victoria Silvstedt en dégainant un essai à la langue dynamique, bien pendue, riche, mais aux idées totalement absentes. Autant dire qu’avant d’aborder la dernière épreuve, celle de culture gé, j’étais, comme j’aimais à me le dire, dans la même situation que Santoro face à Nadal à deux sets zéro : dos au mur. Et je me suis vraiment lâché sur la dernière épreuve, qui consistait à disserter sur une phrase de Flaubert : « Oui, la bêtise consiste à vouloir conclure ». Ça s’appliquerait à merveille à ma récente entrevue collective avec Alain Minc. En sortant de cette journée marathon, j’avais au moins le sourire aux lèvres, parce que je m’étais fait vraiment plaisir sur la dernière épreuve : c’était au moins ça de gagné.

Alors voilà maintenant environ 500 admissibles à Sciences Po, dont une Galouzeau de Villepin et une de Sarnez. Au passage, j’ai vu aussi une Gorce et une Morin, mais je doute qu’il y ait un rapport familial avec les hommes politiques éponymes. Et pourtant, mon enthousiasme est retombé très vite.

Quand j’ai regardé le tableau des frais de scolarité, j’ai cru m’évanouir : SciencesPo Paris coûte jusqu’à 13 000 euros l’année, et en ce qui me concerne, sans atteindre le maximum, les frais que je m’attends à payer avoisinent quand même une somme rondelette. Je ne suis pas vraiment sûr d’avoir envie de débourser autant pour Sciences Po, d’autant plus que je prépare un autre concours pour une école tout aussi (sinon plus) cotée et gratuite…

Aujourd’hui, et pour la première fois de ma vie, j’ai envie d’avoir des parents communistes, rien que pour être exempté de frais de scolarité.