Tout recommencer

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Je disais il y a quelques jours que François Bayrou avait moins à craindre du résultat des urnes sur sa stratégie que du prochain baromètre d’opinion. Les faits aujourd’hui me donnent raison. Le baromètre sorti par TNS Sofres plonge Bayrou dans le ventre mou du classement des hommes politiques. Il réalise la plus forte chute sur un laps de temps très court. Cette chute, elle est directement dûe à sa malheureuse saillie contre Daniel Cohn-Bendit chez Arlette Chabot, plus qu’à ses errements dans sa stratégie de campagne.

Toutefois, ce sondage en soi ne veut pas dire grand chose. La prise de bec avec Cohn-Bendit et le succès retentissant des Verts à l’élection européenne sont deux événements sensationnels qui suscitent des stalactites et stalagmites d’opinion : quand Bayrou baisse de 20 points dans l’opinion, Cohn-Bendit monte d’autant. Ces montées et chutes sont trop fortes et subites pour avoir une quelconque valeur. C’est comme à la Bourse : les embardées haussières ou baissières sont toujours nuancées très rapidement, sauf crise profonde.

Et c’est cela qu’il faudra jauger : dans les prochains baromètres, Bayrou restera-t-il à un étiage médian, signe qu’il est sur le déclin ou qu’il devra traverser un long chemin de rédemption ? Sa stratégie actuelle est d’entamer un U-turn : « je dois être moins batailleur» , a-t-il confié, c’est-à-dire ne plus verser dans l’opposition à tout crin, faite d’appels du 14 février et de sorties théâtrales contre la mort de la démocratie et de la République, mais une opposition plus modeste (ce qui ne veut pas dire molle), plus constructive. Cette stratégie peut se révéler compliquée : dans une démocratie médiatique ou le silence équivaut à la mort, travailler un projet, adopter une démarche de shadow cabinet peut faire perdre du terrain par manque de présence médiatique. Et les moyens humains du MoDem sont aujourd’hui limités : difficile d’être à la fois au charbon et sur les plateaux télé, opposant et alternative.

Le plus dur dans ce sondage, c’est la cote de popularité du MoDem en général, qui dégringole en même temps que Bayrou. Pour les militants qui se sont investis très en amont de la campagne et qui, eux, ont parlé d’Europe aux électeurs, c’est un véritable camouflet qui peut conduire à la démobilisation. Mais là encore, la chute en a-pic n’a pas véritablement de sens si elle n’est pas resituée dans un intervalle de temps relativement long. A suivre…

En tout cas, rester dans le creux du peloton peut être une bonne chose car elle permet, en n’étant pas complètement exposé médiatiquement, de ne pas griller ses cartouches trop vite… et surtout de ne pas se griller soi-même !