Vente YSL/Bergé : la Chine coule un bronze

Sarkozy s’était à peine réconcilié avec les Chinois en refusant de rencontrer le Dalaï-Lama que tout se durcit autout de la vente aux enchères de deux statuettes chinoises par Pierre Bergé. Les Chinois, qui veulent désormais jouer dans le concert des grandes nations, cherchent à tout prix à effacer toutes les marques historiques de leur ancien statut de puissance dominée. Finalement, ces statuettes, d’une valeur artistique somme toute relative (on est loin du chef-d’œuvre !), ne sont qu’un instrument du nationalisme chinois. D’ailleurs, un Chinois millionnaire a déjà racheté plusieurs têtes d’animaux du palais d’été, dont une à près de 9 millions d’euros, geste qualifié de « patriotique » par les autorités. C’est un peu comme un ancien obèse devenu svelte qui voudrait détruire derrière lui toutes les photos de son ventre énorme, allant jusqu’à cambrioler ses amis pour récupérer les photos !

Cette question est en fait épineuse. Les biens culturels appartiennent-ils nécessairement au pays qui les a produits ? Ces biens ont été pillés, mais dans un contexte particulier, celui de la seconde guerre de l’opium. Cela change tout ! La bienséance diplomatique s’arrête là où commence la guerre : en temps de guerre, on tue, on saccage, on pille ! Je ne vois pas au nom de quoi ces biens appartiendraient, d’après les Chinois, de droit à leur peuple. Les biens culturels ne sont pas régis par une convention internationale, et dans le cas où il le serait, ce serait une grande partie du patrimoine culturel français qui partirait en fumée. Rappelons que sur la place Vendôme, lacolonne du même nom a été coulée avec des canons prussiens et autrichiens saisis à Austerlitz !

Les Chinois auraient mieux fait de ne pas saisir la justice française, et de déplacer le curseur sur la diplomatie. Les Chinois ont voulu jouer la carte de la virulence, sans doute excités par Pierre Bergé qui a agité le chiffon rouge en faisant un remake de l’opération « pétrole contre nourriture », et mal leur en a pris. En 2001, les Sud-Africains ont demandé au gouvernement français le droit de pouvoir récupérer la dépouille de Saartjie Baartman, dite la Vénus hottentote, devenue une bête de foire pour les cirques européens en raison de l’exubérance de son fessier, dont le corps a été dépecé pour servir à l’établissement de thèses pseudo-scientifiques établissant des différenciations raciales : jusqu’en 1974, le moulage était exposé au Museum national d’histoire naturelle ! Pour les Sud-Africains, Saartjie Baartman est le symbole de l’humiliation du peuple noir face à la domination occidentale. Et pourtant, ils sont passés par la voie législative et diplomatique, sans aller jusqu’à des menaces !

Toute cette histoire n’est qu’une démonstration de force des Chinois, qui désormais veulent faire les gros yeux sur la scène internationale. Les menaces envers Christie’s sont pitoyables. Après avoir exigé que Sarkozy ne reçoive pas le Dalaï-Lama, voilà qu’ils exigent que ces statuettes soient rendues. Même Raffarin, devenu subitement sinophile, s’y met ! Prochaine étape : Lakshmi Mittal qui prend une pince-monseigneur pour désenchasser le Koh-i-Nor du sceptre de la monarchie britannique ?